Les animaux d’élevage sont « pleins d’antibiotiques »

Après la mauvaise presse donnée par le scandale des hormones comme facteurs de croissance dans les années 80, le monde de l’élevage est souvent pointé du doigt pour sa consommation d’antibiotiques. Non seulement cette pratique est interdite, mais depuis 2012, un plan national contre l’antibiorésistance en élevage tend à faire chuter la consommation d’antibiotiques. Qu’en est-il dans les élevages français ? Retrouve-t-on des antibiotiques dans nos assiettes ?

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Marie Constant : A force de faire de l’élevage industriel et à coup d’antibiotiques de merde, c’est un peu comme quand les vaches mangeaient de la farine animale alors qu’à la base ce sont des herbivores oups y’a eu la vache folle, et ce n’est pas fini !

Web-agri, quotidien de l’éleveur : « Vous nourrissez bien les vaches aux hormones et aux antibiotiques ? » (vidéo retraçant l’échange entre un éleveur et un médecin).

 

La France n’est pas les États-Unis : les hormones comme facteurs de croissance pour faire grossir plus et plus vite les animaux, sont toujours autorisés outre-Atlantique [1], mais cette pratique est interdite depuis 1988 dans la Communauté européenne [2]. Et dès 2006, c’est l’utilisation des antibiotiques comme facteur de croissance qui a également été prohibée dans l’Union européenne [3].  

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Depuis, pour administrer un médicament à un animal en France, un vétérinaire réalise une visite chez l’éleveur afin de connaître la pathologie rencontrée. La prescription d’antibiotiques qui peut suivre fait partie d’un schéma thérapeutique défini et contrôlé.

« Un agriculteur n’a pas envie d’utiliser de médicament car il les paie et un animal dans le mal-être produit moins bien. L’utilisation d’antibiotiques a un coût pour l’élevage », rappelle à DecodAgri Laurent Mangold, vétérinaire et référent antibiotique national de la filière équine.

L’utilisation d’antibiotiques n’est donc pas automatique, même dans le monde de l’élevage. En ce sens, le plan Ecoantibio lancé en 2012 [4] vise à diminuer la consommation d’antibiotiques en élevage. L’objectif est d’améliorer le bien-être des animaux mais également de limiter l’antibiorésistance*, considérée comme « l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale », selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) [5].

Ce premier plan Ecoantibio, terminé en 2017 a fait ses preuves : entre 2007 et 2017, l’exposition globale des animaux d’élevage aux antibiotiques a diminué de 48 %, selon une étude conjointe [6] de l’Anses – Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, et de l’Ansm – Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Quant aux antibiotiques dits critiques, c’est-à-dire ceux qui sont utilisés en dernier recours et les plus à risque pour l’antibiorésistance, leur utilisation a baissé de 37 %.

Pourquoi l’utilisation des antibiotiques baisse ?

La diminution des antibiotiques s’est accompagnée d’une évolution des pratiques agricoles : à l’échelle de l’exploitation, « il y a eu un travail important sur la qualité des bâtiments pour que les animaux aient encore plus d’espace et de lumière, et sur l’alimentation avec une hausse de l’apport d’aliments fibreux », explique à DecodAgri la vétérinaire Corinne Jaureguy, qui suit des élevages de veaux en système hors-sol.

Les éleveurs travaillent sur l’observation de leurs animaux. Certaines formations « d’éleveurs-infirmiers » se sont créées pour enseigner une méthode d’observation efficace pour anticiper davantage les maladies que peut connaître un troupeau au cours de l’année.

À l’échelle des filières d’élevage, les guides de bonnes pratiques de la biosécurité fleurissent depuis quelques années : elles donnent les règles d’hygiène et de gestion des bâtiments pour limiter au maximum la prolifération des bactéries.

Mais l’atteinte du « zéro antibio » n’est pas souhaitable : « des antibiotiques seront toujours administrés lorsque l’animal est malade, l’objectif à viser ne peut pas être le « zéro antibiotiques », confirme Laurent Mangold.

Le second plan Ecoantibio (2017-2021) [7] poursuit la direction prise par le premier plan pour conforter la diminution de l’utilisation des antibiotiques et la poursuite du changement des pratiques en élevage. Un troisième plan Ecoantibio est déjà en préparation.

Y a-t-il des antibiotiques dans nos assiettes ?

Quant à retrouver des antibiotiques dans nos assiettes, le risque est minime : les éleveurs ont l’obligation de ne pas dépasser la limite maximale de résidus : « Tout ce qui est proposé à la consommation ne peut pas dépasser la norme. Pour respecter la limite maximale de résidus, chaque éleveur doit respecter le délai d’attente défini pour chaque médicament, y compris les antibiotiques, et qui donne la date à partir de laquelle la denrée peut être de nouveau mise à la consommation », explique Corinne Jaureguy.

Concrètement, le lait ou la viande d’un animal traité à un antibiotique n’entre pas dans le circuit de commercialisation. Ensuite, à l’abattoir comme en laiterie, les produits sont de nouveau contrôlés et mesurés pour entrer dans la limite maximale de résidus d’antibiotiques autorisés. Le contenu de nos assiettes est donc vérifié depuis la fourche jusqu’à la fourchette.

À retenir : Non, les animaux d’élevage ne sont pas « pleins d’antibiotiques ». En principe et selon les lois en vigueur, ils reçoivent des antibiotiques pour une raison médicale. Leur utilisation est en diminution depuis 10 ans et est très contrôlée depuis la production jusqu’à l’arrivée dans le circuit alimentaire.

*Définitions
Antibiorésistance : en raison de l’utilisation fréquente d’antibiotiques, des bactéries  survivent et résistent à leur action rendant plus difficile le traitement de certaines maladies. Des bactéries sont même multi-résistantes, c’est-à-dire que plusieurs antibiotiques n’ont plus d’effets sur elles.

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[1] https://web.archive.org/web/20210307210546/https://www.fda.gov/animal-veterinary/product-safety-information/bovine-somatotropin-bst

[2] https://web.archive.org/web/20150909005645/https://www.senat.fr/questions/base/1996/qSEQ960314568.html

[3] https://web.archive.org/web/20210422073651/https://ec.europa.eu/commission/presscorner/api/files/document/print/fr/ip_05_1687/IP_05_1687_FR.pdf

[4] https://web.archive.org/web/20201205174929/https://agriculture.gouv.fr/plan-ecoantibio-2012-2017-lutte-contre-lantibioresistance

[5] https://web.archive.org/web/20210309164710/https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/antibiotic-resistance

[6] https://web.archive.org/web/20201118130302/https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/infections-associees-aux-soins-et-resistance-aux-antibiotiques/resistance-aux-antibiotiques/documents/rapport-synthese/consommation-d-antibiotiques-et-resistance-aux-antibiotiques-en-france-une-infection-evitee-c-est-un-antibiotique-preserve

[7] https://web.archive.org/web/20201130051919/https://agriculture.gouv.fr/le-plan-ecoantibio-2-2017-2021